Ciel bleu et soleil presque chaud : des conditions idéales pour rentrer les tout derniers raisins de la Cave Vinicole de Kientzheim-Kaysersberg, hier mercredi 9 décembre.
Les vendanges sont finies depuis bien longtemps et dans les vignes, les travaux de taille ont déjà commencé. Mais dans quelques parcelles des lieux-dits Altenbourg et Vogelgarten à Kientzheim, les sarments effeuillés portaient encore leur charge de raisins. Des gewurztraminers en excellente santé, qui ont su traverser sans dégâts les vicissitudes de la météo de novembre. L’autre nuit encore, il y a eu une forte pluie, mais la peau saine et épaisse des baies n’a pas joué à l’éponge ; de plus, en ce mercredi matin, il n’y avait quasiment pas de rosée sur les pentes soumises aux vents asséchant de la vallée.
À la demande de la Cave, quatre viticulteurs, Alain Kuehn, Amand Kuehn, Raymond Keller et Christophe Ketterer ont décidé de garder ces parcelles pour y produire des vendanges tardives Au total 1,5 hectare. Pour une telle opération, le viticulteur joue un peu avec le feu de la météo : de grosses pluies en septembre ou octobre et tout ou presque est perdu. Mais quel bonheur quand on gagne le pari ! Il est vrai qu’avec les vendanges du bonheur de cette année, le risque était moindre, puisque la récolte « générique » avait fait le plein en qualité et en quantité. N’empêche : le sourire satisfait des quatre viticulteurs montre qu’ils sont soulagés d’avoir pu mener leur vendange à terme dans d’aussi exceptionnelles conditions et, en hommes du métier, savent bien qu’il y a là un potentiel énorme pour un grand vin. Tout y est : des arômes concentrés, d’une richesse qu’on ne peut rencontrer en début d’automne et une teneur en sucre idéale ; l’acidité nécessaire est là aussi, garante d’une longue conservation du vin, et des raisins sans pourriture grise qui pourrait tant soit peu altérer ce beau tableau. Et pour être certain de couper les raisins au meilleur de leur forme, la récolte n’a commencé qu’après 9 h pour les uns, en début d’après-midi pour les autres, quand les raisins étaient ressuyés de la fraîcheur humide du matin.
Ainsi, Alain Kuehn, abonné aux VT, est amoureux de ses vignes. Il n’est pas passé en bio, mais a pour chaque cep des yeux de père protecteur. En été, il les met en beauté avec des semis de fleurs mellifères proposées par les apiculteurs et, à l’entrée de sa vigne, un nichoir accueille les mésanges bleues. « La nature rend toujours ce qu’on lui donne. Et là, aujourd’hui, c’est merveilleux ! »
Dans leur travail, les viticulteurs étaient accompagnés par Lucie Plassard, technicienne Vignes et Qualité de la Cave et par le directeur technique-oenologue Olivier Raffin. Ce sont eux encore qui suivront l’évolution des jus vers le vin haut de gamme que l’on pressent.
À 13 h, la télévision régionale fixera l’événement pour les infos du soir, et au cours de l’après-midi, lors de l’arrivée des cuves, Joël Coq, contrôleur assermenté auprès de l’AVA, viendra authentifier la moyenne de 17,6° d’alcool potentiel et la quantité de jus obtenue : n’oublions pas que les VT alsaciennes sont les vins les plus contrôlés au monde ! Mais il faudra attendre encore quelques années avant de pouvoir déguster ce vin en pleine maturité ; pour les impatients, on nous le promet excellent en prime jeunesse.